
{"id":1845,"date":"2025-06-17T15:30:19","date_gmt":"2025-06-17T13:30:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carolefekete.com\/?page_id=1845"},"modified":"2025-07-10T18:58:21","modified_gmt":"2025-07-10T16:58:21","slug":"michel-poivert-carole-fekete-la-devotion-et-la-reproduction","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.carolefekete.com\/en\/textes\/michel-poivert-carole-fekete-la-devotion-et-la-reproduction\/","title":{"rendered":"Michel Poivert \/ Carole F\u00e9k\u00e9t\u00e9: la d\u00e9votion et la reproduction"},"content":{"rendered":"<p><em>Vite Vu<\/em>, Le blog de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de photographie (30\/11\/2007)<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-28f84493 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:70%\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"806\" height=\"618\" src=\"https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/boite_VI-copie.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1777\" srcset=\"https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/boite_VI-copie.jpg 806w, https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/boite_VI-copie-300x230.jpg 300w, https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/boite_VI-copie-768x589.jpg 768w, https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/boite_VI-copie-16x12.jpg 16w, https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/boite_VI-copie-230x176.jpg 230w, https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/boite_VI-copie-350x268.jpg 350w, https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/boite_VI-copie-480x368.jpg 480w\" sizes=\"auto, (max-width: 806px) 100vw, 806px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">S\u00e9rie <em>Bo\u00eetes reliquaires<\/em>, bo\u00eete n\u00b0 VI, tirage lambda, 46 x 60 cm<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:30%\"><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>De retour de Madrid o\u00f9 elle fut pensionnaire deux ann\u00e9es durant, Carole F\u00e9k\u00e9t\u00e9 ram\u00e8ne un travail fortement marqu\u00e9 par les pratiques religieuses et surtout leurs mises en sc\u00e8nes. Dans le cadre de l\u2019exposition organis\u00e9e \u00e0 l\u2019issue du s\u00e9jour espagnol, on d\u00e9couvre ainsi un ensemble de photographies pr\u00e9sentant d\u2019impressionnants reliquaires. Habituellement dissimul\u00e9s aux regards, ces objets de d\u00e9votions conserv\u00e9s dans un couvent madril\u00e8ne s\u2019offrent \u00e0 nous comme s\u2019ils \u00e9mergeaient de l\u2019ombre et de la solitude. Mais le choix d\u2019une prise de vue frontale, sans alentour de l\u2019objet \u2013 bref le choix esth\u00e9tique de la reproduction \u2013 ne leur conf\u00e8re en rien le statut d\u2019un objet viol\u00e9 par le regard.<\/p>\n\n\n\n<p>Leur \u00e9tranget\u00e9 est tout simplement illumin\u00e9e et cette lumi\u00e8re est d\u00e9sormais continue: elle permet l\u2019observation minutieuse de ces corps r\u00e9duits \u00e0 leurs ossements, corps de martyres disloqu\u00e9s et ramen\u00e9s aux proportions d\u2019une bo\u00eete cercl\u00e9e et orn\u00e9e, souvent gans\u00e9e et tapiss\u00e9e de satin mais surtout emplie de motifs floraux qui rappellent aussi bien les fleurs imputrescibles qui d\u00e9corent les tombes que les garnitures p\u00e2tissi\u00e8res. Le tout est d\u2019un effet saisissant, plus po\u00e9tique que morbide. On se prend \u00e0 penser aux c\u00e9l\u00e8bres bo\u00eetes de Joseph Cornell et l\u2019on sait gr\u00e9 \u00e0 Carole F\u00e9k\u00e9t\u00e9 de traiter la question des vestiges mortuaires sur un ton radicalement oppos\u00e9 au mani\u00e9risme transgressif toujours en vogue. La prise de vue \u00e0 la chambre restitue les moindres d\u00e9tails et rend compte de la profondeur courte des dispositifs. Ce qui frappe le plus est le double cadrage, de la prise de vue et de la bo\u00eete elle-m\u00eame, que renforce encore la disposition des reliques et des ornements qui viennent litt\u00e9ralement remplir l\u2019espace. \u00c0 la diff\u00e9rence du travail de Christian Milovanoff, sur les bas-relief assyro-babyloniens expos\u00e9 au Louvre, on ne trouve pas chez Carole F\u00e9k\u00e9t\u00e9 de recadrage dans le motif. Le geste est minimal mais le travail photographique est bien l\u00e0: l\u2019\u00e9clairage permet de faire surgir les couleurs et, doit-on y insister, non seulement ces reliquaires sont invisibles au commun mais serions-nous en leur pr\u00e9sence qu\u2019aucune lumi\u00e8re ne nous permettrait de les observer comme ici.<\/p>\n\n\n\n<p>De cette description l\u2019on aboutit \u00e0 une objectivation: les reliquaires photographiques, c\u2019est-\u00e0-dire les images qui naissent de leur reproduction, prennent leur valeur autonome. Si l\u2019on accepte de revenir encore au Louvre pour y regarder cette fois-ci les photographies de masques africains de Walker Evans, on se dit qu\u2019en ce moment l\u2019id\u00e9e est dans l\u2019air que l\u2019art est parfois \u00e0 la t\u00e2che de sa propre reconnaissance. Ici, l\u2019objet vis\u00e9 participe plut\u00f4t d\u2019un art \u00ab\u00a0fun\u00e9raire\u00a0\u00bb &#8211; du coup pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 des masques rituels d\u2019Evans comme des sc\u00e8nes mythiques de Gilgamesh chez Milovanoff. D\u2019une certaine mani\u00e8re, j\u2019y vois aussi un rapprochement avec la c\u00e9l\u00e8bre s\u00e9rie des \u00ab\u00a0objets de gr\u00e8ve\u00a0\u00bb de Jean-Luc Moul\u00e8ne \u2013 ces objets ubuesques r\u00e9alis\u00e9s par les ouvriers en gr\u00e8ve, v\u00e9ritable art du d\u00e9tournement \u2013 autre forme d\u2019art fun\u00e9raire en quelque sorte. On ne reproduit donc pas n\u2019importe quoi, et il faut ici entrer dans une question esth\u00e9tique: la reproduction ainsi entendue pose le probl\u00e8me du passage de l\u2019implicite \u00e0 l\u2019explicite, de l\u2019extraction du dissimul\u00e9 \u00e0 l\u2019exposition au grand jour. Techniquement et historiquement, les modes d\u2019enregistrement permettant l\u2019agrandissement ou le grossissement ont \u00e9t\u00e9 les agents du d\u00e9voilement des objets au secret, ce qui a amen\u00e9 \u00e0 la prise en compte d\u00e9finitive de leur pr\u00e9sence. On doit \u00e0 Peter Sloterdijk d\u2019avoir analys\u00e9 le trouble que procurent ces op\u00e9rations modernes de la connaissance. Mais surtout d\u2019avoir mis le doigt sur ce qui, au premier abord, ne semblait poser aucun probl\u00e8me: reproduire techniquement une chose jusqu\u2019alors invisible ne tient-il pas d\u2019une parit\u00e9 entre l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur ? Justement non, ce qui appara\u00eet dans la reproduction de l\u2019invisible \u00e9chappe \u00e0 cette sym\u00e9trie (une simple reproduction) et nous reste \u00e9tranger en s\u2019exprimant plus souvent sous la forme du monstrueux. L\u2019\u00e9mergence au premier plan des choses longtemps dissimul\u00e9es a son \u00ab\u00a0prix\u00a0\u00bb: \u00abApr\u00e8s leur blessure, \u00e9crit le philosophe dans \u00c9cumes, elles sont pr\u00e9sent\u00e9es objectivement et r\u00e9clament une reconstruction par op\u00e9ration\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Nombreux sont les artistes \u00e0 travailler la reproduction d\u2019objets puissamment charg\u00e9s comme autant d\u2019op\u00e9rations, ce qui les oppose radicalement aux ready-mades du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Il s\u2019agissait alors, dans le contexte d\u2019une mort de l\u2019art, de c\u00e9l\u00e9brer l\u2019absence de m\u00e9tier en consacrant de mani\u00e8re nihiliste (et po\u00e9tique) l\u2019objet commun. Ce que nous observons avec Carole F\u00e9k\u00e9t\u00e9 serait un r\u00e9gime d\u2019exception, o\u00f9 la raret\u00e9 acc\u00e8de (dr\u00f4le de renversement) au statut privil\u00e9gi\u00e9 du ready-made. Mais elle d\u00e9voile du coup le travail que n\u00e9cessite la r\u00e9alisation de telles op\u00e9rations, car s\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 ajouter \u00e0 ces reliquaires pour que nous puissions jouir de leur \u00e9tonnante beaut\u00e9, il fallait juste qu\u2019ils puissent s\u2019incarner dans une image. Ces reliquaires ainsi contempl\u00e9s en tant qu\u2019\u0153uvres ont-ils perdu leur valeur d\u2019usage d\u00e9votionnelle que leur aura intimidante ressurgit. Tant et si bien qu\u2019on ne sait plus si le myst\u00e8re est \u00e0 porter au cr\u00e9dit de l\u2019art ou de la religion.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre de l\u2019exposition: <em>Artistes de la Casa Velasquez 2005-2007<\/em>, 17.11.2007 &#8211; 17.02.2008, domaine d\u00e9partemental de la Garenne Lemot, G\u00e9tign\u00e9-Clisson.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vite Vu, Le blog de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de photographie (30\/11\/2007). 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