
{"id":1757,"date":"2025-06-17T15:50:12","date_gmt":"2025-06-17T13:50:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carolefekete.com\/?page_id=1757"},"modified":"2025-07-10T18:55:21","modified_gmt":"2025-07-10T16:55:21","slug":"victor-maziere-offrandes-a-la-nuit","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.carolefekete.com\/en\/textes\/victor-maziere-offrandes-a-la-nuit\/","title":{"rendered":"Victor Mazi\u00e8re \/ Offrandes \u00e0 la nuit"},"content":{"rendered":"<p>Texte produit dans le cadre du salon <em>L\u2019antichambre ACTE&nbsp;2, Une invitation au banquet<\/em><br>H\u00f4tel La Nouvelle R\u00e9publique, Paris, 2020<\/p>\n\n\n\n<p>La photographie, depuis son invention, s\u2019est construite autour d\u2019un paradoxe\u00a0: en gagnant la possibilit\u00e9 de conserver une trace suppos\u00e9ment objective et neutre du r\u00e9el, elle a \u00e9galement forg\u00e9 un lien presque m\u00e9taphysique avec l\u2019appara\u00eetre, o\u00f9 un imaginaire de l\u2019invisible et du temps s\u2019est intimement cristallis\u00e9 dans l\u2019outil technologique. <br>Car le proc\u00e9d\u00e9 le plus scientifique de production d\u2019images s\u2019est av\u00e9r\u00e9 au final engag\u00e9 dans un rapport complexe avec la polychronie de l\u2019indice\u00a0: s\u2019il enregistre ind\u00e9niablement ce qui est pr\u00e9sent au moment de la prise de vue, il t\u00e9moigne souterrainement aussi de ce qui n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus l\u00e0, pour un regard qui n\u2019est pas encore l\u00e0. Le pr\u00e9sent est, par d\u00e9finition, ce qui passe, il s\u00e9journe dans le passage transitoire, dans le va-et-vient, entre ce qui part et ce qui arrive, \u00e0 l\u2019articulation de ce qui s\u2019absente et de ce qui se pr\u00e9sente. <br>Photographier, ce n\u2019est donc pas seulement garder l\u2019empreinte de ce qui est, c\u2019est aussi faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une continuit\u00e9. En ce sens, on pourrait dire que Carole F\u00e9k\u00e9t\u00e9 ne produit pas tant des images qu\u2019elle construit des exp\u00e9riences de m\u00e9moire.<br>En effet, son travail ne vient pas simplement documenter une tranche de vie arrach\u00e9e au temps\u00a0: il transmet un devenir sous-jacent \u00e0 tout document, comme une onde temporelle qui se propagerait \u00e0 travers les fant\u00f4mes de l\u2019Histoire.<em> Lanscapes-Afterwar(d)s<\/em><sup data-fn=\"9a957a81-c672-45cb-bd3d-7b84a6bcf2b3\" class=\"fn\"><a href=\"#9a957a81-c672-45cb-bd3d-7b84a6bcf2b3\" id=\"9a957a81-c672-45cb-bd3d-7b84a6bcf2b3-link\">1<\/a><\/sup>, dont nous pr\u00e9sentons une partie dans <em>Offrandes \u00e0 la nuit<\/em>, est embl\u00e9matique de cette relation particuli\u00e8re au temps\u00a0: Phnom Penh, ville au pass\u00e9 lourdement charg\u00e9, devient, sous l\u2019objectif de Carole F\u00e9k\u00e9t\u00e9, un territoire \u00e0 la fois pop et onirique, dont la tectonique temporelle est faite de strates t\u00e9nues. Dans l\u2019ellipse du \u00ab\u2009d\u2009\u00bb d\u2019<em>Afterwar(d)s<\/em>, on peut lire comme une mise en abyme du rapport qu\u2019entretient l\u2019artiste \u00e0 ce qui se cache derri\u00e8re le spectacle du monde. Comme si l\u2019<em>apr\u00e8s-coup<\/em> des \u00e9v\u00e9nements, ce qui vient apr\u00e8s les conflits, se manifestait avant tout dans les zones de retrait, l\u00e0 o\u00f9 on l\u2019attend le moins\u00a0: dans ce qui lie une communaut\u00e9, dans la culture populaire, dans les offrandes dispos\u00e9es sur un autel, ou dans les \u00e9toffes des femmes, saisies au d\u00e9tour d\u2019un march\u00e9. Les motifs floraux de <em>Pop Phsar Kandal<\/em>, en se succ\u00e9dant \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une pulsation sensorielle qui r\u00e9animerait l\u2019image fixe, utilisent la transition des formes et des couleurs pour sugg\u00e9rer le glissement temporel, la porosit\u00e9 spectrale de ce qui appara\u00eet au monde. Car la forme ph\u00e9nom\u00e9nale m\u00eame du monde est spectrale\u00a0: elle donne \u00e0 voir, au c\u0153ur de la nuit, ce qui toujours revient, don d\u2019une image manquante qui \u00e9pouse le battement des paupi\u00e8res ou celui du d\u00e9clencheur de l\u2019objectif.<br>Le spectre, comme son nom l\u2019indique, est la fr\u00e9quence d\u2019une visibilit\u00e9, mais d\u2019une visibilit\u00e9 invisible, d\u2019une visibilit\u00e9 de nuit. Il est ce que l\u2019on croit voir ou qu\u2019on projette\u00a0: sur un \u00e9cran imaginaire, l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a rien \u00e0 voir. L\u2019\u0153il ouvert, hypnotis\u00e9, reste l\u00e0, \u00e0 guetter le retour de ce qui nous a vus avant m\u00eame que nous le voyions. Changeant sa fr\u00e9quence \u00e9nerg\u00e9tique au rythme des mandalas d\u2019un temple bouddhiste ou des enseignes lumineuses d\u2019un parc d\u2019attractions.<br>La neutralit\u00e9 des photographies de Carole Fek\u00e9t\u00e9 (on pourrait presque parler de retenue), est ici une strat\u00e9gie pour justement retenir ce qui est \u00e0 la fois donn\u00e9 \u00e0 tous les regards et soustrait au visible\u00a0: les spectres, comme les occupants d\u2019une chambre d\u2019h\u00f4tel, ne font que passer. Dans ce jeu d\u2019h\u00e9t\u00e9rotopies, le don est l\u00e0 pour construire un espace ouvert de partage, o\u00f9 d\u2019autres rapports au temps et \u00e0 la perception peuvent se construire. Il suffit pour cela d\u2019ouvrir son regard, de l\u2019ouvrir absolument, comme un don \u00e0 la communaut\u00e9 du passage.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1256\" height=\"1354\" src=\"https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Montage_maziere_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1767\" srcset=\"https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Montage_maziere_2.jpg 1256w, https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Montage_maziere_2-278x300.jpg 278w, https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Montage_maziere_2-950x1024.jpg 950w, https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Montage_maziere_2-768x828.jpg 768w, https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Montage_maziere_2-11x12.jpg 11w, https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Montage_maziere_2-1000x1078.jpg 1000w, https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Montage_maziere_2-230x248.jpg 230w, https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Montage_maziere_2-350x377.jpg 350w, https:\/\/www.carolefekete.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Montage_maziere_2-480x517.jpg 480w\" sizes=\"auto, (max-width: 1256px) 100vw, 1256px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">De g. \u00e0 dr.&nbsp;et de haut en bas :&nbsp;<em>Pop Phsar Kandal, <\/em>images num\u00e9riques anim\u00e9es en boucle, 2018, <em>Mandala<\/em> #1 (s\u00e9rie), 2020, impression jet d\u2019encre, 60 x 80 cm ; <em>Autels<\/em> (s\u00e9rie), 2020, tirages lambda, 26 x 26 cm ; <em>LOVE<\/em>, images num\u00e9riques anim\u00e9es en boucle, 2018<\/figcaption><\/figure>\n\n\n<ol class=\"wp-block-footnotes\"><li id=\"9a957a81-c672-45cb-bd3d-7b84a6bcf2b3\">Titre d\u2019une exposition collective \u00e0 laquelle l\u2019artiste participe suite \u00e0 un voyage d\u2019\u00e9tudes organis\u00e9 par le d\u00e9partement arts plastiques de l\u2019universit\u00e9 Paris 8, entre 2017 et 2019. <a href=\"#9a957a81-c672-45cb-bd3d-7b84a6bcf2b3-link\" aria-label=\"Jump to footnote reference 1\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><\/ol>\n\n\n<p><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte produit dans le cadre du salon L\u2019antichambre ACTE\u00a02, Une invitation au banquet, H\u00f4tel La Nouvelle R\u00e9publique, Paris, 2020.<br \/>\n<br \/>La photographie, depuis son invention, s\u2019est construite autour d\u2019un paradoxe\u00a0: en gagnant la possibilit\u00e9 de conserver une trace suppos\u00e9ment objective et neutre du r\u00e9el, elle a \u00e9galement forg\u00e9 un lien presque m\u00e9taphysique avec l\u2019appara\u00eetre, o\u00f9 un imaginaire de l\u2019invisible et du temps s\u2019est intimement cristallis\u00e9 dans l\u2019outil technologique.<\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":1853,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"footnotes":"[{\"content\":\"Titre d\u2019une exposition collective \u00e0 laquelle l\u2019artiste participe suite \u00e0 un voyage d\u2019\u00e9tudes organis\u00e9 par le d\u00e9partement arts plastiques de l\u2019universit\u00e9 Paris 8, entre 2017 et 2019.\",\"id\":\"9a957a81-c672-45cb-bd3d-7b84a6bcf2b3\"}]"},"class_list":["post-1757","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.carolefekete.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1757","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.carolefekete.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.carolefekete.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carolefekete.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carolefekete.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1757"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/www.carolefekete.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1757\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1927,"href":"https:\/\/www.carolefekete.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1757\/revisions\/1927"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carolefekete.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1853"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.carolefekete.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1757"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}